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| 13-05-2008 | |
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Par Roger Garaudy, in "L'avenir mode d'emploi"
Le Professeur Roger Garaudy est né en 1913. C’est
un universitaire, intellectuel idéaliste, protestant puis communiste stalinien, puis marxiste
dissident proche des idées gauchistes en mai 1968, puis catholique puis
musulman, à la recherche de
Mettant
notamment en cause dans son ouvrage Les Mythes fondateurs... la
politique de l'Etat d'Israël à l'égard des palestiniens il est soutenu par son
ami l'abbé Pierre,
qui est alors exclu de
Pour
"Les Mythes fondateurs" Roger Garaudy a été condamné, le 17
février 1998, par la 17ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris pour
"diffamation raciale" pour antisémitisme et
révisionnisme, à 120.000 francs français d'amende et à verser des dommages et intérêts
aux organisations suivantes :
Vous pouvez suivre sur JIR TV, une conférence qu'il a animée en 1996 sur "Islam et modernité". Roger Garaudy vit actuellement en banlieue parisienne. Nous présentons ici, un extrait de son ouvrage "l'avenir mode d'emploi",publié à Paris en 1998. Nous avons choisi le chapitre où il prédisait, après analyse, les crises actuelles que nous vivons dix ans après la publication de son ouvrage.
*****
Le problème central de
cette fin de siècle est celui de l'unité du monde. C'est un monde
interdépendant, et un monde cassé. Contradiction mortelle.
Interdépendant, car lorsqu'il est militairement possible à partir de
n'importe quelle base d'atteindre n'importe quelle cible; lorsqu'un krach
boursier à Londres, à Tokyo ou à New-York entraîne crise et chômage en tous les
points du monde; lorsque par télévision et satellite toutes les formes de culture
ou d'inculture sont présentes sur tous les continents, aucun problème ne peut
être résolu de façon isolée et indépendante ni à l'échelle d'une nation, ni
même à celle d'un continent.
Cassé parce que, du point de vue économique (selon le rapport du
Programme de développement des Nations Unies de 1992) 80 % des
ressources de la planète sont contrôlées et consommées par 20 %. Cette croissance
du monde occidental coûte au monde, par la malnutrition ou la faim,
l'équivalent de morts de un Hiroshima tous les deux jours.
Une époque historique
est en train de mourir: celle qui fut dominée, depuis cinq siècles, par l'Occident
(le pays où le soleil se couche, selon l'étymologie).
Une autre est en train
de naître, du côté où le soleil se lève: l'Orient.
Le cycle, commencé a la
renaissance, arrivait, par la logique de son développement, à son terme, par la
domination d'un seul, comme il advint de tous les pillards: de l'empire romain
à celui de Napoléon ou d'Hitler, de celui de Charles Quint ou de l'empire
britannique qui, tous, crurent invincibles leurs armadas et éternelles
leurs hégémonies.
Aujourd'hui, seuls les géopoliticiens
des services spéciaux américains et de leurs maîtres, peuvent essayer de nous
masquer la réalité profonde de cette fin de millénaire: nous sommes témoins de
la décadence et de l'agonie du dernier empire.
Comment se caractérise,
objectivement, cette décadence? L'événement le plus significatif de cette
deuxième partie du XXe siècle ce n'est pas l'implosion de l'Union soviétique,
caricature de socialisme et du marxisme, c'est la faillite du capitalisme après
une domination d'un demi millénaire sur un monde qu'il conduit aujourd'hui, si
l'on n'en stoppe la course à la mort, vers un suicide planétaire.
Pourquoi?
Parce que le capital,
amassé d'abord par cinq siècles de brigandage colonial, puis limité aux
investissements dans les pays surindustrialisés de la vieille Europe, même en y
créant, par la publicité et le marketing, les besoins les plus artificiels, et
les plus nocifs, ce capital, créateur à ses origines en s'investissant dans des
entreprises de production ou de services réels, est devenu un capital
spéculatif, c'est à dire purement parasitaire.
L'argent ne sert plus à
créer des marchandises mais à créer de l'argent.
Maurice Allais (Prix
Nobel d'économie) se fondant sur les données de
Il ne saurait y avoir
de meilleur critère objectif de la décadence que celui-là: le travail créateur
ne sert plus au développement de l'homme, de tous les hommes, mais au
gonflement d'une bulle financière pour une infime minorité qui n'a plus d'autre
finalité que l'accroissement de cette bulle. Les problèmes du sens du travail,
de la création, de la vie, ne s'y posent plus.
Le sens même des mots
se trouve perverti. L'on continue d'appeler progrès une aveugle dérive,
conduisant à la destruction de la nature et des hommes.
L'on appelle démocratie
la plus redoutable rupture qu'ait connu l'histoire entre ceux qui ont et ceux
qui n'ont pas.
L'on appelle liberté un
système qui, sous prétexte de libre échange et de liberté du marché, permet aux
plus forts d'imposer la plus inhumaine des dictatures: celle qui leur permet de
dévorer les plus faibles.
L'on appelle mondialisation
non pas un mouvement qui, par une participation de toutes les cultures,
conduirait à une unité symphonique du monde, mais au contraire à une division
croissante entre le Nord et le Sud découlant d'une unité impériale et
niveleuse, détruisant la diversité des civilisations et de leurs apports pour
imposer l'inculture des prétendants à la maîtrise de la planète (1).
L'on appelle développement
une croissance économique sans fin produisant de plus en plus vite
n'importe quoi: utile, inutile, nuisible ou même mortel, comme les armements ou
la drogue, et non pas le développement des possibilités humaines, créatrices,
de l'homme et de tout homme.
Dans un tel non-sens
s'impliquent mutuellement le chômage des uns qui ne peuvent plus produire parce
que les deux tiers du monde ne peuvent plus consommer, même pour leur survie.
L'immigration des plus démunis est le passage du monde de la faim à celui du
chômage et de l'exclusion.
L'erreur d'aiguillage
fut commise il y a cinq siècles lorsqu'avec la faim de l'or et l'ivresse de la
technique pour la technique, pour la domination de la nature et des hommes, est
née une vie sans but, une véritable religion des moyens qui arrive aujourd'hui
à son terme: le monothéisme du marché, générant une polarisation croissante de
la richesse spéculative, sinon maffieuse, d'une minorité, et de la misère des
multitudes. Il est encore temps de
vivre, mais au prix d'une grande inversion. Les maîtres de notre provisoire
chaos ne nous parlent que de nous adapter (c'est à dire de nous soumettre) à
ces dérives d'un monde sans homme, d'hommes sans projets, sans finalité
humaine, alors qu'une renaissance ou même une simple survie de l'humanité exige
non pas une adaptation à ce destin de mort, mais une rupture radicale avec lui.
Au réalisme assassin et fataliste, nous n'échapperons que par la militance de
l'espoir.
Au lieu
de considérer l'actuelle logique économique de Maastricht, de l'Euro, et de
l'économie de marché, comme un destin, il s'agit de rompre avec cette logique,
c'est à dire passer de la logique de la spéculation à la logique de la
production et de la création humaines à l'échelle du monde total et non d'une
Europe, hier coloniale et aujourd'hui vassale, mais toujours usurière par son
exploitation des dettes d'un monde qu'elle a sous-développé au profit de son
propre développement déshumanisé.
1) -- La planète est
malade: un monde cassé
Le mode de
croissance occidental coûte au Tiers-Monde l'équivalent de morts d'un Hiroshima
tous les deux jours. Répétons-le car ceci doit être le point de départ de toute
pensée politique.
La cause majeure de
cette gestion désastreuse de
Par le jeu du même
système l'inégalité grandit, même dans les
pays riches. En 1991, 5% des américains détiennent 90 % du patrimoine national.
Trente cinq millions de citoyens y vivent au dessous du seuil de pauvreté
(l'équivalent de cinq mille francs par mois pour une famille de quatre
personnes). Aux Etats-Unis un enfant sur huit ne mange pas à sa faim.
En France 6% de la
population dispose de 50% du patrimoine; 94% se partagent l'autre moitié (2).
Une minorité de 20%
détient:
-- 82,7% du produit national brut mondial. (les 20% les
plus pauvres de 1,4% de ce revenu.)
-- 81,2% du commerce mondial.
-- 94,6% de tous les prêts commerciaux.
-- 80,6% des économies.
-- 80,5% des investissements.
-- 94% de la recherche-développement.
(Source: Programme de développement des Nations Unies
(PNUD) rapport de 1991.)
Un milliard et demi de
personnes vivent en condition de pauvreté absolue (c'est à dire ne peuvent se
procurer le nombre de calories nécessaires à l'alimentation) avec moins d'un
dollar par jour (Chiffre du PNUD en 1997).
13,5 millions d'enfants
de moins de cinq ans sont morts de malnutrition ou de faim en 1996, dont treize
dans le tiers-monde. (Source: UNICEF. Le Progrès des Nations 1993 et 1996.)
Espérance de vie:
-- 76 ans en Amérique du Nord
-- 53 ans en Afrique
1 médecin pour 674
habitants en Suisse
1 médecin pour 57.300
habitants au Burkina Faso.
(Source: PNUD. Rapport
sur le développement humain 1992.)
La cassure continue
à s'accroître entre le Nord et le Sud
En trente ans l'écart
entre les pays pauvres et les pays riches est passé de: 1 à 30 à 1 à 150.
(Source: PNUD, 1992)
Tel est le résultat de
ce qu'il est convenu d'appeler: les trois décennies du développement
(1950-1980).
Cette chute se
poursuit: Etaient sous alimentés 33% de la population du Tiers-monde en 1980,
et 37 % en 1988.
(Source: UNICEF, Situation
mondiale de l'enfance , 1990.)
Les échanges inégaux
En 1954 il suffisait à
un Brésilien de 14 sacs de café pour acheter aux Etats-Unis une Jeep. En 1962,
il lui en fallait déjà 39. En 1964 un Jamaïcain achetait un tracteur américain
avec 680 tonnes de sucre, en 1968 avec 3.500 tonnes. Les pays pauvres
continuent de subventionner les pays riches. Le PNUD note: "De 1989 à
Entre 1970 et 1987 le
produit national brut (P.N.B.)
-- a diminué de 9 dollars en moyenne dans les pays
sous-développés.
-- a augmenté de 2,71 dollars dans les pays occidentaux
industrialisés.
(Source: Banque mondiale, Rapport sur le développement
mondial. 1989. Cahier IV, p. 188-189.)
Commencer l'avenir
c'est d'abord inverser ces dérives de la mort en ouvrant aux richesses de la
terre et aux créations des hommes, non plus les perspectives de la spéculation
stérile mais de l'investissement productif pour créer les infrastructures
nécessaires au développement de l'homme et de tout homme, à l'inverse des
dépendances coloniales et post-coloniales qui polarisent la richesse et la
misère, en des proportions férocement inégales. Les Wall Street de New York ou
les City de Londres, utilisent le reste du monde comme fournisseur de matières
premières et de main d'oeuvre à bon marché, pour bâtir, à des milliers de
kilomètres, quelques îlots de paradis artificiels.
Telle est l'alternative
de la vie.
Substituer à la
spéculation le travail créateur au service de tous: ce projet prométhéen,
remodelant la terre, métamorphosant les deux tiers du monde, peut seul mettre
un terme au chômage des uns et à la famine des autres.
En finir avec la
rupture du monde entre un Nord, avec ses minorités florissantes, et un Sud
dépouillé de ses richesses par les rapaces dégénérés de banques transformées en
casinos jouant sur le taux des devises, des matières premières, ou des produits
dérivés.
Continuer l'histoire de
l'humanisation de l'homme en ne fabriquant plus des systèmes économiques
accroissant les inégalités parce que la richesse des uns ne peut naître que de
l'appauvrissement des autres, créant ainsi un univers difforme composé de
quelques centaines d'élus et de milliards d'exclus, avec la masse informe,
entre les deux, de ceux qui sont condamnés à un travail dépourvu de sens pour
se procurer, par une augmentation quantitative de la consommation, un bonheur
de supermarché comme ersatz d'une vie désormais sans but.
Appellera-t-on le monde
en naissance un socialisme ou un régime d'un autre nom? Ce n'est pas là le
problème: il s'agit d'abord d'en finir avec un individualisme prédateur qui
réduit à l'exclusion, à la famine, au chômage, au désespoir, à une vie sans
horizon, une masse croissante d'êtres humains, de moins en moins humains, de
plus en plus manipulés par les médias et réduits au néant par les maîtres du
chaos.
Notre but premier est
de passer de cet individualisme à une communauté véritable, c'est à dire
mondiale, où chacun se considère comme responsable de l'avenir de tous les
autres.
Le système actuel
fonctionne à sens unique: protéger le marché américain, et lui ouvrir les
marchés du monde entier.
Cette satellisation
politique, matérielle et morale de l'Europe ,a fait entrer le monde dans une
étape nouvelle du colonialisme. La puissance de l'Est et de l'Europe étant
mises hors-jeu ou vassalisées, le champ est libre pour un colonialisme de type
nouveau: un colonialisme qui n'est plus celui des impérialismes rivaux de
l'Europe, désormais soumise, mais un colonialisme centralisé et totalitaire, à
l'échelle mondiale, sous hégémonie américaine.
Ce que Bush appelait le
Nouvel Ordre mondial, c'est l'extension et le renforcement de ces rapports
colonialistes entre une métropole désormais unique et le reste du monde.
Rapports colonialistes cela signifie: dépendance économique, militaire et
politique permettant aux dominants, soit de faire de leur colonie un appendice
de l'économie de la métropole, soit d'imposer des règles d'échange et de tarifs
douaniers unilatéralement favorables au dominateur.
Tel est l'objectif maintes
fois proclamé par les dirigeants américains, surtout au cours des dernières
années (depuis l'effondrement de l'Union soviétique): assurer l'hégémonie
mondiale des Etats-Unis.
Quels sont les
moyens mis en oeuvre?
Le mécanisme est
simple: l'on accorde des investissements, des prêts, et même des dons, aux pays
pauvres -- en principe pour les aider à s'industrialiser --, en réalité pour
permettre aux multinationales du Nord d'accroître leurs profits en s'implantant
dans des pays où la main d'oeuvre est bon marché et où les infrastructures sont
payées par les gouvernements dépendants. En même temps les prix des matières
premières venues de ces pays sont abaissés, rendant ainsi les échanges de plus
en plus inégaux.
Le paiement des
intérêts de la dette représente plusieurs fois le capital reçu. Chaque dollar
donné en a rapporté deux ou trois au donateur, et le paiement des intérêts
équivaut le plus souvent à la totalité des exportations, rendant ainsi tout
développement impossible. Il ne s'agit donc pas de pays en voie de
développement, ainsi qu'on les appelle hypocritement, mais de pays condamnés à
une misère croissante par une dépendance croissante.
La prétendue aide aux
pays du tiers monde est un des facteurs les plus efficaces de leur régression.
La discrimination à
l'égard du tiers monde en ce qui concerne toutes les formes d'aide est significative:
l'aide reçue par le bastion avancé de l'Occident, Israël, est telle
qu'avec un millième de la population mondiale, il reçoit un dixième de l'aide
totale, soit cent fois plus, par habitant, que les pays du tiers monde.
L'industrialisation des
pays du Tiers-Monde et les transferts de technologie sont un autre moyen de
domination et d'accroissement des profits pour les pays riches.
Le procédé le plus sûr
est l'instauration d'une dictature militaire. Le pouvoir impérial des
Etats-Unis s'exerce d'abord à travers les multinationales: quand la menace d'un
pouvoir socialiste se précisa au Chili, un memorandum de l'I.T.T. proposa
d'appliquer des pressions économiques afin d'obtenir l'effondrement du régime.
Cette méthode n'exclut
pas l'intervention militaire directe de l'armée américaine, comme au Guatemala
en 1954, pour y sauver les intérêts de l'United fruit, à Cuba où Kennedy
organisa, en 1961, le débarquement de
Mais il est plus
efficace encore de faciliter l'arrivée au pouvoir, dans chaque pays, d'une
dictature militaire: au nom de la doctrine américaine de la sécurité nationale
contre le communisme au temps de la puissance soviétique, l'on pouvait ainsi
faire croire aux peuples, en les enchaînant aux Etats-Unis, qu'ils défendaient
la démocratie et l'indépendance nationale. C'est ainsi que les généraux purent
régner au Brésil depuis Castelo Branco en 1964 jusqu'à Geisel.
Sous leur règne, par le
jeu combiné d'une industrialisation pharaonique réalisée par les
multinationales américaines, et d'un armement permettant d'exercer la
répression et la terreur contre le peuple, la dette ne cessa de croître: par
exemple, de 1972 à 1982, elle passa de douze à soixante milliards de dollars,
multipliée par cinq en dix ans: "Rien de tel qu'une dictature militaire
pour saigner un pays à blanc." (3)
Sur la dette de
l'Argentine, de cinquante-quatre milliards de dollars, dix milliards ont été
consacrés à l'armement sous le régime des généraux. Le remboursement de la dette
et l'achat d'armes, avant la présidence d'Alan Garcia, représentait 50% du
budget péruvien. Le record était détenu par le Chili du général Pinochet, avec
mille cinq cents dollars de dette par habitant.
Mais Pinochet détenait
un autre record: celui du libéralisme. En bon fidei-commis de la grande
démocratie américaine, il avait réalisé la plus totale liberté de l'économie de
marché (y compris le marché des monnaies) par un système de privatisation
total, créant ainsi les conditions idéales, grâce à une répression forcenée
contre son peuple, de la liberté, pour les multinationales dominantes
américaines, de régenter l'économie du pays.
Grâce à ces dictatures
militaires la dépendance économique de l'Amérique latine à l'égard des
Etats-Unis devenait irréversible, et, avec elle, la dépendance politique en
raison de la puissance de la pression économique sur les pouvoirs par le refus
des prêts ou des investissements.
Désormais, les
Etats-Unis pouvaient poursuivre leurs fins: la liberté du marché, par d'autres moyens
que la dictature militaire.
Il était possible
d'accepter des dirigeants élus, en faisant la relève de la répression par la
corruption: ainsi furent acceptés au pouvoir des dirigeants élus comme Collor
au Brésil ou Menem en Argentine. Prenant le relais des généraux on leur
demandait seulement de payer leurs dettes et d'oublier leurs crimes.
Le règne du Fonds
Monétaire international (F.M.I.) pouvait se perpétuer sans risque dans des pays
enchaînés par la dette et dont l'économie était aux mains de firmes étrangères.
Le F.M.I. peut donc
impunément imposer non seulement au tiers-monde, et, dans la perspective, au
monde entier, le mode de développement le plus conforme aux intérêts de la
métropole mondiale: développement des monocultures et des monoproductions,
recul des cultures vivrières et des artisanats autochtones de subsistance,
dépendance, exploitation accrue de la main-d'oeuvre, aggravation de la dette du
fait de l'importation grandissante.
La défense du droit
international et de la démocratie, sont aussi d'autres noms pour masquer les
interventions, les ingérences de ce nouveau colonialisme.
Les massacres du Golfe
en sont l'illustration la plus éclatante. Défendre le Koweït c'était défendre
le droit et la démocratie.
Le droit est celui du
plus fort: le Koweït n'a jamais été un Etat indépendant jusqu'en 1961 où, sous
la menace d'une intervention militaire, le gouvernement anglais l'a arraché à
l'Irak dont le président d'alors, le général Kassem, avait décidé de retirer
aux occidentaux de l'Irak Petroleum les concessions qui leur attribuaient 94 %
du territoire national. Les Anglais enlevaient ainsi la moitié de la production
pétrolière de l'Irak et tout accès de l'Irak à la mer pour en écouler le reste.
Bien entendu l'Angleterre fit entrer son protégé aux Nations-Unies pour rendre
irréversible sa dernière rapine coloniale.
La défense du droit, en
1990, était la reprise, à une échelle beaucoup plus grande, de l'opération
coloniale anglaise de 1961, et la volonté de maintenir le statu-quo.
Ceci après avoir
déversé sur l'Irak, au cours de la guerre, l'équivalent d'explosifs de quatre
Hiroshima, tuant, selon le chiffre minimal retenu par
Tel est le bilan de
La méthode, appliquée
pour l'Irak, est celle de la destruction massive afin de faire un exemple
dissuasif pour tout le tiers-monde, notamment pour l'Iran et
Une autre méthode,
moins coûteuse, est appliquée lorsqu'il suffit d'attiser des nationalismes ou
de prétendus affrontements ethniques ou religieux.
Aujourd'hui, avec
l'effondrement de l'Union soviétique, la désintégration du pays est, d'une
manière providentielle pour ses adversaires, accomplie par les guerres internes
des Etats périphériques, par exemple entre Arméniens et Azéri, à la fois pour
affaiblir tout Etat proche des gisements de pétrole du Caucase, et pour faire
obstacle au projet chinois de pont eurasiatique. (4).
Là, il suffit de
laisser faire, et, à la rigueur de passer ou de laisser-passer des armes
lorsque l'un des deux paraît fléchir, afin que l'autodestruction se poursuive.
Les théoriciens du
Pentagone, comme Samuel Huntington, se font les hérauts de cet appel aux morts
en prêchant le choc des civilisations, l'antagonisme mythique d'une
civilisation judéo-chrétienne contre une collusion islamo-confucéenne.
Ces idéologies de la
fin d'un monde se dissipent aujourd'hui, même dans des pays qui furent leur
terreau mortel, comme les brumes des bas-fonds se dissipant lorsque les
premiers rayons du soleil illuminent les cimes: celles d'où l'on appelle
l'homme, tous les hommes, à accomplir leur destin celui de l'unité divine du
monde.
Nous avons tenté de
dégager le fil conducteur permettant de relier les principaux problèmes
internationaux, à la fin de ce XXe siècle, en remontant à leur cause profonde
et unique malgré la diversité des apparences: l'hégémonie mondiale des
Etats-Unis et le monothéisme du marché qu'elle veut imposer universellement.
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