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| Point d'émergence sans un système éducatif de qualité |
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| 16-04-2009 | |
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Par Amadou DIOP SALL
En recommandant la lecture au Prophète Mouhammad (PSL) dans le premier verset coranique révélé alors même que ce dernier était analphabète, DIEU nous montre la place primordiale qu’occupe l’éducation dans l’édification d’une société. C’est dans ce sillage qu’au Sénégal, les pouvoirs publics ont consenti des efforts financiers importants pour booster le secteur de l’éducation. Depuis quelques années, la part du budget consacrée à l’éducation (40% ?) a été considérablement augmentée pour le financement du PDEF (Programme Décennal de l’Education et de la Formation) qui fédère toutes les interventions en faveur du système éducatif sénégalais. D’ailleurs, le Président de la République nous rappelle souvent qu’en l’absence de ressources naturelles abondantes, le Sénégal ne peut miser que sur ses ressources humaines en investissant dans la formation de ses fils à l’instar des pays asiatiques. Dans le même ordre idées, l'ancien Ministre de l’Education M. Moustapha SOURANG, en signant l’éditorial du numéro 00 du bulletin Au cœur du PDEF de mai 2006, soutenait fort opportunément en parlant du PDEF que « de sa réalisation et de sa réussite, dépend en grande partie la mobilisation des leviers dont le Sénégal a besoin pour évoluer dans le processus de la mondialisation : la compétence et la compétitivité ! ».
C’est dire que le chemin pour une éducation de qualité est bien balisé et que l’orientation est claire. De bons textes et de belles formules existent mais leur application sur le terrain fait énormément défaut. Ceci est d’autant plus vrai que le Président WADE lui-même reconnaissait, lors du séminaire sur la lutte contre les polluants tenu à Dakar le 30 avril 2007, que « l’Afrique a la maladie de la « colloquite ». Notre problème n’est pas de savoir ce qu’on doit faire car on le sait mais comment ». Au passage, je vous raconte l’anecdote du bailleur qui demandait à un haut fonctionnaire sénégalais de diminuer les colloques et les séminaires et de travailler plus. En réponse, le sénégalais lui a répondu : « ah oui d’accord ! Nous allons organiser un séminaire pour réfléchir sur la manière de diminuer leur nombre ». Un de plus ! L’éducation nationale n’échappe malheureusement pas à ce cercle vicieux. Pour résoudre donc cette question du comment, il nous faut impérativement et urgemment investir, à mon humble avis, ces chantiers que je décline en quelques sept points développés ci-dessous.
Par administration, j’entends les autorités politiques et académiques en charge de diriger le secteur de l’éducation. Une administration de qualité requiert donc des agents de l’Etat conscients de leurs responsabilités et imbus de valeurs éthiques à même de les hisser au-dessus de certaines contingences matérielles. Ils doivent être des modèles à suivre afin de piloter au mieux les textes officiels si bien ficelés. Malheureusement, le bât blesse à ce niveau et les scandales se multiplient même au plus haut niveau. Pour exemple, les syndicats d’enseignants ont accusé des agents du Ministère de l’Education d’avoir falsifié des centaines d’ordres de service destinés à insérer frauduleusement de faux enseignants dans nos écoles. Dans les grandes démocraties, des ministres ont démissionné pour moins que ça. D’ailleurs, dans sa dernière CA (Commission Administrative), le SUDES a réclamé que toute la lumière soit faite sur cette gravissime affaire.
La cohérence de la politique gouvernementale en matière d’éducation recommande que tous les ministères en charge du pilotage du PDEF soient fédérés en un grand ministère de l’Education et ceci pour deux raisons essentielles. La première raison est guidée par une tension permanente vers le pragmatisme dans les interventions. Les différentes branches de l’Education étant transversales, leur prise en charge par un seul ministre d’une compétence sans faille et d’une probité morale indiscutable, permettrait à ce dernier et à ses services de faire la jonction qui s’impose entre elles. Ainsi, l’éducation de base, les enseignements moyen, secondaire et supérieur, la formation professionnelle, la recherche scientifique, l’alphabétisation et les langues nationales sans oublier l’éducation non formelle (les daaras par exemple) sont, à mon avis, indissociables pour une réponse adéquate aux besoins de tous les segments de la nation. La deuxième raison est que d’une pierre, l’exécutif fera deux coups en réduisant considérablement, le cas échéant, le train de vie de l’Etat par la diminution de la pléthore de ministères et la suppression de certains postes budgétaires. C’est dans l’ère du temps.
Il est devenu urgent et impérieux de mener des consultations périodiques, régulières et pérennes entre les acteurs de l’éducation pour arriver à bout des crises cycliques qui secouent le secteur. Entre la tutelle, les enseignants, les APE (Associations des Parents d’Elèves) et les élèves qui ont tous, en principe, le même souci d’une éducation de qualité, un dialogue franc et sincère est indispensable. Ainsi, les ministères chargés de l’Education, du Budget et de l’Emploi ne doivent pas mener une politique de pourrissement en restant parfois sourds face aux multiples grèves des enseignants et des élèves. Quant aux syndicats, on aimerait que leurs voies soient plus audibles sur des questions comme le recrutement ou la cantinisation des écoles par exemple que sur celles récurrentes des revendications salariales. Si ce ne sont pas les enseignants, ce sont les élèves qui, pour un oui ou un non, boudent les classes surtout à l’approche ou à la fin des fêtes. La meilleure illustration de ce manque de dialogue est qu’à l’heure où j’écris ces lignes, les Inspecteurs de l’Education observent une grève de zèle en boycottant les encadrements pédagogiques, les visites de classe, les corrections des examens professionnels… Et jusqu’à présent, des négociations ne sont pas ouvertes entre eux et la tutelle sur leurs revendications salariales.
En parlant de recrutement des enseignants, le plus gros scandale en la matière est l’instauration du quota sécuritaire (voir ma contribution du mardi 6 novembre dans le Walf Quotidien) qui privilégie les « cas » des élites au détriment des méritants qui ont fait le concours de l’entrée à l’EFI et ont été oubliés dans les listes d’attente. En ce qui concerne le niveau de recrutement, je pense que le diplôme du BAC doit être requis pour les volontaires de l’éducation en lieu et place du BFEM pour corriger la faiblesse du niveau. Pour les vacataires, l’organisation d’un concours d’entrée à la FASTEF est nécessaire pour éviter d’enrôler des professeurs sur la simple base de diplômes dont parfois les détenteurs ont désappris ou ont tout simplement obtenu le sésame frauduleusement. Vous vous rappelez sans doute le cas de ce professeur de mathématique qui, avec un Bac falsifié, a servi à Mboro et à Pire pendant des années avant d’être démasqué suite à une dénonciation anonyme. Je ne suis pas sûr que ce soit un cas isolé tellement le niveau de certains enseignants craie en main laisse à désirer. A ce niveau, les syndicats qui dénoncent « les recrutements au rabais » et « les recrutements frauduleux » ont raison et doivent être écoutés avec une oreille attentive pour le bien de l’éducation nationale.
Tout le monde sait que des disciplines clés comme l’éducation civique et l’éducation morale sont négligées si elles ne sont pas délaissées surtout dans les écoles primaires. Pourtant, ce sont elles qui devraient contribuer qualitativement à faire régner l’ordre et la discipline dans la société, à restaurer les valeurs ancestrales qui faisaient le lit de notre fierté et à nous inculquer une éducation à la citoyenneté qui devra faire de nous des citoyens respectueux des lois et règlements de la nation. C’est pourquoi certaines images presque inconnues de nos enfants, ne restent que de vagues souvenirs dans la mémoire des adultes : entrer et sortir des classes en rang, chanter debout l’hymne national avant d’entrer en classe devant le drapeau national (il est d’ailleurs rare de voir le mât du drapeau national flottant au milieu des écoles)… Nous devrions nous inspirer d’un pays comme le Japon où à Tokyo, une directive d’octobre 2003 oblige les enseignants et les élèves à chanter le Kimigayo (hymne national) debout face au drapeau (Hinomaru). La discipline des japonais est une preuve de l’opportunité de cette mesure.
Pour que toutes les mesures recommandées ci-dessus puissent avoir une véritable portée, il est nécessaire de sanctionner positivement les rares exemples qui tirent leur épingle du jeu malgré les pesanteurs et de sanctionner négativement les multiples errements constatés à tous les niveaux. Il faut que, dans les deux cas, des exemples patents soient relevés pour encourager ou décourager les autres. Il est, par exemple, possible pour le corps de contrôle de détecter au niveau de chaque IDEN 2 ou 3 enseignants à primer publiquement et annuellement pour que ceux-là ne restent pas oubliés. Parallèlement, il faut punir sévèrement ceux qui gangrènent le système car un éducateur doit servir d’exemple à tout son entourage. Sur ce plan, j’insiste particulièrement sur les enseignants qui abusent sexuellement de leurs élèves en exploitant la faiblesse et l’innocence de ces dernières face à leurs « maîtres ». Ces cas se multiplient dans les lycées et collèges et même dans les écoles élémentaires où des enseignants sans scrupule sévissent cyniquement. D’ailleurs, ces pseudo éducateurs véreux et pervers se prévalent d’un adage trompeur pour justifier leurs bassesses « le mouton ne broute que là où il est attaché ». Malheureusement pour les victimes, ces faits sont souvent étouffés et négociés à leur insu.
Enfin, il est indispensable que les ressources financières mobilisées par l’école aille à l’école et non dans les poches de lobbys organisés pour sucer cette dernière. Pourtant, les textes ont bien recommandé la mise sur pied d’un Comité de Gestion d’Établissement (CGE) composé par le Chef d’établissement, les représentants des enseignants, des parents d’élèves et des élèves. Mais ces textes sont, le plus souvent, contournés par les chefs d’établissement qui, en rapport avec quelques parents d’élèves, gèrent les fonds de l’école avec opacité en ne se soumettant à aucun contrôle. Et pourtant, ces millions sont en grande partie donnés par des parents souvent démunis mais obligés de s’acquitter des droits d’inscription de leurs enfants au risque de voir ces derniers renvoyés et privés de leur droit à l’éducation en violation des textes en vigueur. Sur ce chapitre, je vous renvoie à la contribution de M. Babacar BARRY qui fut mon Principal au CEM Mourath NDAW de Méckhé dans le Walf Quotidien du 09/11/07. Il y appelle à « une meilleure gestion des ressources financière de nos établissements scolaires ». Vous y trouverez des idées intéressantes pour venir à bout de la mauvaise gestion des ressources scolaires. En définitive, notre école est malade à cause de ses dirigeants, de ses enseignants et de ses élèves. Pour guérir ses maladies et avoir une école de qualité apte à nous mettre sur la voie de l’émergence, il nous faut, tous, nous remettre en cause pour sauver l’éducation nationale avant qu’il ne fasse tard. Dans ce contexte de mondialisation où la compétition est érigée en règle partout, « attendre c’est céder sa place aux autres » disait le Président Wade lors de son discours à la nation le 31/12/05. Or, sans la conjugaison de nos efforts pour faire triompher notre système éducatif, nous hypothéquons l’avenir de nos enfants et le devenir de notre nation. Nelson MANDELA l’a bien compris quand il répondait à Jack Lang dans une interview parue dans Paris Match du 9 au 15/02/06 qu’ « aucune nation n’a d’avenir si elle ne forme pas sa jeunesse. Le pilier de la société, c’est l’éducation ». Pourtant, nous pouvons y arriver si nous décidons simplement de suivre les textes car en la matière, nous faisons partie des meilleurs concepteurs de lois et règlements. « Il ne s’agit pas d’être optimiste ou pessimiste, il suffit d’être déterminé » disait Jean Monnet, ancien ministre français et principal artisan de la construction de l’Union Européenne. En suivant ce conseil, les Européens ont réussi la construction de l’Europe. Pourquoi pas nous ? Amadou Diop SALL |



