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Rôle joué par Bilal Ibn Rabah dans l’islam(Partie 1/3) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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12-07-2008

Par Mamadou LO, historien

 

Introduction 

L’Islam est une continuation. C’est l’aboutissement ultime de toutes les religions précédentes, leur parachèvement. Dans un hadith, le prophète a dit : «  Je n’ai été envoyé que pour parfaire les qualités. » (Imam Ahmad et Baïkhqi. Haquim l’a considéré comme authentique)

L’Islam est un guide pour l’homme dans les différentes étapes de sa vie. Il fait accéder aux sommets de la spiritualité et de la dignité humaine en prônant la justice.

C’est pourquoi Abou  Hayan préfaçant le livre de Salahédine Kechrid : Le vrai visage de l’Islam, fera remarquer que : «  dire que l’Islam est une religion, ce serait vraiment peu dire. Il ne s’agit pas en effet d’un ensemble incohérent et arbitraire de rites et de mystères … à prendre ou à laisser mais littéralement d’un abandon total à la volonté divine, d’une discipline générale, harmonieuse et bienfaisante de la vie humaine, d’une vraie raison d’être de l’homme sur terre. »

 Etre musulman c’est selon la fameuse formule de Raja Garaudy : «  Vivre vingt quatre heures sur vingt quatre dans la transparence de Dieu.»[1]

Par ailleurs, l’Islam va bientôt boucler ses 1500 ans d’âge et est magnifié à travers tous les continents habités de la planète.

Présentement, il rassemble près de 1,5 milliard d’âmes et de surcroît elle est la seule religion monothéiste qui progresse vraiment. Comme à ses débuts, elle atteint les larges couches de la jeunesse à travers le monde.

 Au commencement, il y’avait à la base de son implantation, bien sûr, un homme aux qualités exceptionnelles, Mohammad (psl), l’appui de Dieu mais aussi des hommes autour du messager.

Cela signifie qu’à ses tout débuts, l’édification de l’Islam a bénéficié de l’apport d’hommes dont la notoriété  est bien établie ; c’est le cas d’Abubakr, Omar, Ousmane, Alioune et bien d’autres.

Aussi l’islam a certainement bénéficié de l’apport d’hommes qui ne sont pas très bien connus. Bilal Ibn Rabah est de ceux là.

En général on ne connaît de lui que la fonction  de premier muezzin de l’Islam.

L’homme n’a-t-il pas joué d’autres rôles prépondérants ?

A Médine, par exemple, il fallait consolider la nation musulmane naissante. Quel rôle Bilal y a-t-il joué ?

 Bilal a vécu à côté du messager jusqu’à sa mort et cela dans son intimité la plus proche. Bien que messager d’Allah, Mohammad (psl) ne pouvait pas tout faire. Sur ce point précisément, comment l’a-t-il assisté dans ses tâches quotidiennes ?

Bilal a survécu au prophète. A la disparition de celui qu’a-t-il fait pour l’Islam ? C’était là, la grande époque de la bataille pour l’expansion musulmane et de la propagation de la foi musulmane : le Jihad. 

Tout le monde sait la place importante que l’Islam accorde au savoir. Pour avoir été de connivence avec le prophète, quel rôle Bila a-t-il  joué dans la diffusion du savoir islamique?

Bilal a-t-il  été gouverneur en Syrie sous le Khalifat de Omar ? En tout cas plusieurs sources l’affirment. Mais sur la durée, le mode de gestion, l’impact de son action, les données sont rares voire inexistantes.   

Notre démarche a consisté à approcher des érudits de  plusieurs endroits  et d’entretenir avec eux une discussion franche et parfois contradictoire. A Certains  nous avons soumis un questionnaire élaboré d’avance et les avons prié d’y apporter leur réponse.

Ensuite nous avons été à la recherche de documents traitant de notre question. Que cela fut difficile : ils sont simplement rares. Les seuls qu’on pouvait trouver étaient écrits soit en arabe soit en anglais.

L’internet a été aussi exploré mais les versions étaient à peu près les mêmes selon le site visité.        

  En tous cas nous avons à travers cette brève étude tenté, d’apporter notre modeste contribution à une meilleure connaissance de l’homme et surtout à une plus grande connaissance du rôle qu’il a joué dans l’islam.

 I   Origines et vie antéislamique :

       1- Origines

Les recherches sur les origines de Bilal, sur sa généalogie révèlent quelques points de divergence. Tandis certains prétendent que ses parents sont de purs éthiopiens(Abyssinie), d’autres comme Khaled Mohamed Khaled[2], soutiennent que son père Rabah, était bel et bien arabe issu de la province du Yémen. C’est donc uniquement sa mère, Hammamah qui est éthiopienne. 

Compte tenu de sa parfaite maîtrise de la langue arabe et surtout du fait qu’il était parfaitement imbu de cette culture, nous pouvons pencher en faveur de cette deuxième thèse.

Rappelons que Bilal  excellait dans l’art d’égayer ses compatriotes  à l’occasion des longues et pénibles pérégrinations par des chansons populaires arabes bien assimilées. Il se raconte même qu’au sein des caravanes, les chameaux se ragaillardissaient rien qu’à l’écoute de la voix mélodieuse de Bilal.  

Dans tous les cas, nous savons de manière très précise que Bilal est né à Sarat, une province du Sud, entre le Yémen et l’Ethiopie vers – 43 avant l’hégire (580 de l’ère chrétienne) et qu’il a grandi à la Mecque au sein d’une des familles du clan des Bani Jumah.

 Bilal était esclave, issu de deux esclaves appartenant à la famille de Umayah Ibn Khalaf, un des dignitaires du clan Bani Jumah, un démembrement de la tribu Koraïchite.

Jusqu’à la période de l’éclosion de l’Islam, Bilal  connut une vie tranquille, partagée  entre les moments où il suivait les troupeaux à la recherche du maigre pâturage à travers les plateaux mecquois, la  contemplation des idoles à l’intérieur de la Kaaba et la vie de caravanes durant les longs voyages d’affaires en direction de la Syrie ou du Yemen.

Nous avons rencontrés quelques écrits, notamment de certains nouveaux égyptologues contestant le statut de Bilal, esclave. Pour eux, il n’était même pas né de parents esclaves. La question a été tranchée par le coran où Dieu s’exclame dans le verset 4 de la sourate92[3] et faisant allusion aux attitudes opposées de Abu Bakr et de Umayah  vis à vis de Bilal :

 «Que  vos efforts sont divergents ! » (Référence) : commentaires du tafsir coran). Lui-même, quand on lui faisait des éloges soutenait : «Je ne suis qu’un esclave affranchi »

  Bilal avait une sœur du nom de Hafurat. Elle même esclave de Hamru Ibn Abdallah.

La famille de Bilal était réputée pour le soin apporté à la perfection de leur voix. 

         2  Portrait :

Toutes les sources consultées nous livrent le portrait d’un homme très noir, mince, rude et élancé. Il grandit donc à la Mecque et devint un bel homme, bien bâti, d’une impressionnante allure. A l’image des hommes du désert, Bilal était pourvu d’une vigueur tonitruante, d’une endurance sans égale.

Ainsi Bilal n’était pas dépourvu de charme : ses yeux étaient pétillants de malice, brillants. Le nez était fin, la peau lisse.

En plus Bilal était doté d’une voix mélodieuse, mielleuse, résonnante et vibrante. Il portait une épaisse barbe prenant naissance à partir des deux tempes. D’une grande sagesse, il avait un haut degré de l’estime de soi.

Ses vertus spéciales, ses dons naturels, avaient fini par le gratifier d’une très grande estime non pas seulement auprès de la tribu de son maître Umayah mais aussi auprès de tous les habitants de la Mecque.

A travers la personne de Bilal,  nous nous rendons compte que l’esclavage tel que vécu chez les arabes au cours de la vie antéislamique comportait quand même une certaine dose d’humanisme puisque l’esclave était relativement bien traité : il mangeait les mêmes choses que ses maîtres, portaient des habits décents, propres.

Concernant notre homme, ce traitement tant soit peu humaniste était bien payé en retour vis à vis de son maître : il lui était fidèle et surtout habile dans la conduite de ses affaires. C’était un honnête homme et tellement crédible qu’à maintes reprises, c’était lui qui dirigeait les caravanes en partance pour l’étranger. Ainsi Bilal était le bien venu partout, gratifiant tout le monde de son éternel sourire, empreint de  respect, de chaleur, de joie de vivre.

Bilal était pourvu d’une intelligence supérieure. Cependant certains arabes  ne voyaient en lui que le descendant d’Abraha, celui là même qui se proposa de détruire la Kaaba. Pour cette seule  raison, le haïssait ostensiblement.

 II      Bilal embrasse l’Islam :

1- Sa conversion

Rappelons que Bilal était surveillant du temple des idoles et il croyait aux statues. Il leur consacrait une bonne partie de son temps. Il les consultait régulièrement. Mais cela n’empêche, révèlent certains auteurs, que de temps en temps Bilal connaissait quelques moments de doute. Ces pierres inertes avaient-elles réellement le pouvoir qu’on leur attribuait ?

Cette question le tourmentait, puisque les idoles ne savaient rien faire pour elles mêmes. On les dépoussiérait, les déplaçait, les réparait en cas de besoin. A cet état de fait Bilal n’était pas  indifférent puisque des nuits et des nuits, il y songeait.

 Au cours d’un voyage en Syrie Bilal est en compagnie de Abu bakr, celui-ci fit  un rêve et sollicita un moine pour son interprétation. Bilal était à ses côtés. Le moine lui apprit qu’il sera bientôt le premier lieutenant d’un prophète qui allait bientôt apparaître dans son propre fief : la Mecque. Ils apprirent à l’occasion que le dit prophète appellera pour la croyance en un Dieu unique et qu’il sera amené un jour très prochain à détruire les idoles accrochées à la Kaaba. Signalons qu’au paravent Bilal et Abubakr avaient lié une profonde amitié. Ce dernier était fasciné par le charme de Bilal, sa voix mélodieuse.

Dès son retour de voyage, il se précipita dans la Kaaba, auprès des idoles en remerciement de leur protection durant son voyage.

Cependant, une fois face à celles ci, la discussion entre le moine et Abubakr et surtout les prédictions de ce dernier lui revinrent à l’esprit.           
Ubaal était l’idole la plus respectée, il trônait au dessus des autres dieux vénérés par les mecquois. Celui ci avait l’un des bras cassé et remplacé par un autre en or. Beaucoup de questions surgirent dans sa tête : pourquoi Ubaal était il incapable de se protéger soi même ? De protéger les autres idoles? Pourquoi était il incapable, lui même de se refaire un nouveau bras  pareil à celui endommagé ?

Est ce qu’Ubaal entendait réellement les prières qui lui étaient adressées ?

Satisfaisait-il les sollicitations ?

Maintenant Bilal n’en n’était plus sûr. Il devint anxieux, dubitatif.

Durant une longue période, il était en proie à une réflexion soutenue, ininterrompue, interrogeant profondément son âme à propos de l’histoire de ce prochain messager.

Il savait que la réputation de Muhammad (psl) dans toute la contrée était bien faite, son honnêteté, ses nobles vertus étaient attestées.        
Bilal vivait confus et pensif tenaillé par le doute.

Pendant ce temps la nouvelle religion était apparue et prêchée en cachette et avec beaucoup de précaution au sein de la société mecquoise. Certains y avaient adhéré.     
C’était le cas d’Abubakr qui commençait à en faire la propagande

 C’est ainsi que nuitamment il rendit visite à Bilal au sein du domaine de Umayah Ibn Khalaf, le maître de Bilal, dans son enclos réservé aux esclaves. Abubakr lui apprit la nouvelle de la révélation de la nouvelle religion. Il lui enseigna les principes fondamentaux de l’Islam et lui demanda d’y adhérer.

 Ce que Bilal ne tarda pas à faire en prononçant la Shahada : la proclamation de la foi. Ils se séparèrent, Bilal se retira dans sa chambre sans parvenir à dormir. Les mots qu’il venait de prononcer résonnaient dans son esprit, absorbant son âme toute entière, illuminant son cœur,  purifiant son esprit de toute idée idolâtre. Il se sentait renaître : la nouvelle foi proclamait l’égalité entre les hommes.

Au cours de la nuit, il passa en revue toute sa vie antérieure revoyant son maître distribuant les fruits de son fructueux commerce sans daigner lui adresser le moindre mot de remerciement.

Il décida qu’il fallait rencontrer le prophète en personne. Ainsi attendit-il la nuit suivante pour se rendre chez Abubakr et en sa compagnie, alla trouver le messager d’Allah dans sa demeure. A la vue de ce dernier, il fut profondément impressionné et à nouveau répéta les mots de la shahada. Il s’assit auprès du saint homme non pas en esclave mais comme une créature bien aimée et écouta les prêches qui lui procurèrent un profond sentiment de satisfaction.   
Voilà donc Bilal qui rejoint les rangs des premiers musulmans. Certaines sources[4] nous révèlent  qu’en dehors de la propre famille du Prophète ( psl ), Bilal est le troisième adulte à avoir embrassé l’Islam.

Les mecquois ne contestaient pas les vertus cardinales dont Muhammad (psl) était porteur mais ne pouvaient pas supporter de voir s’écrouler tout l’édifice socio religieux reposant sur le culte des idoles et qui étaient plusieurs fois millénaires.

Les motifs réels  qui poussaient les Koraïchites  à combattre avec véhémence, le prophète de l’islam, peuvent être circonscrits dans trois rubriques :

  1/- la tendance naturelle et séculaire de demeurer fidèle à la religion du père.

  2/- la volonté de préserver toute la gloire, la renommée des Koraïchites, la Mecque étant un centre religieux : elle était la capitale du culte de l’ermitage pour toute la presqu’île.
   3/- La haine contre le clan des Bani  Hachim, clan au sein duquel le nouveau prophète est issu.

   -Bilal, un miracle de l’islam

Malgré son statut d’esclave, Bilal a  de tout temps milité pour le triomphe de la liberté de conscience. Il avait pour habitude de dire :

 «  La liberté de conscience n’a pas de prix. »

Dès le lendemain, il retourne auprès des idoles, dans l’enceinte de  la Kaaba. Cette fois ci, c’est pour apostropher, provoquer les dieux, leur déniant toute capacité à s’auto défendre.

A l’image du prophète Ibrahim, il défie les dieux, crachant sur le visage de Ubal.
Entre temps les nouvelles vont bon train, la nouvelle foi axée sur l’adoration d’un Dieu unique est connue des dignitaires Koraïchites. C’est au cours d’une séance de concertation au cours de la quelle cette aristocratie réfléchit sur les moyens d’anéantir une fois pour toute, cette nouvelle foi, que l’information de la conversion de Bilal à l’islam parvint à son maître : Umayah. Il n’en croit pas ses oreilles et avoua : « Cette éventualité n’a jamais effleuré mon esprit. »

L’informateur précise qu’il a vu de ses propres yeux, Bilal cracher au visage de Ubal.

« Quel sacrilège! Quelle impardonnable  abomination! » S’écria Umayah.

Abu Jahel, informé, exigea que Bilal serve d’exemple. Il devait subir les châtiments à la mesure de son affront. Bilal est railleur vis-à-vis des idoles.
La conversion de Bilal est une honte pour les Bani jumah.

 

(A suivre)

Lire  Partie 2/3

Lire  Partie 3/3

 



[1] Conférence donnée par Raja Garaudy à l’amphithéâtre de la faculté de droit de l’université de Dakar sur invitation de l’association des étudiants musulmans de l’université de Dakar (AEMUD) en 1984.

[2] Khaled Mohamed Khaled (1992) Ridjalou Khawla Rassoul ( Des hommes autour de l’envoyé) Beyrouth Liban- Ed : Dar El Fikr.

 

[3] Aleyli ( La nuit)

[4] Muhamed Abdul Rauf (1996) Bilal Ibn Rabah a leading companion of the prophet Mommad.American Trust  Publication Library of Congress Catalog number 7649691

 
 
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