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par ISM France
Il
y a un autre anniversaire significatif cette semaine, mais celui-ci
n’attire pas la même attention que les commémorations du 11 septembre.
Au matin du samedi 18 septembre 1982, les journalistes qui sont entrés
dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Shatila, près de
Beyrouth au Liban ont eu une vision d’horreur.
Des piles de corps jonchaient les rues poussiéreuses des camps, des
fosses communes avaient été construites à la hâte et les bâtiments
avaient été rasés au bulldozer sur les cadavres.
Les personnes assassinées étaient des hommes âgés, des femmes et des
enfants. Un massacre avait eu lieu. Le nombre de morts était estimé à
plusieurs milliers.
Que s’y était-il produit ? Qu’est ce qui avait pu provoquer ce type de massacre inhumain ? Qui avait fait cela ?
C’étaient les questions qui ponctuaient le silence du matin après que
le massacre se soit arrêté. On se pose encore aujourd’hui ces
questions, plus de deux décennies après les événements.
Pour essayer de répondre à ces questions, relisons une nouvelle fois l’histoire :
Le 6 juin 1982, l’armée israélienne a envahi le Liban dans ce qu’elle a
décrit comme étant des "représailles" pour la tentative d’assassinat
sur l’Ambassadeur israélien à Londres, Argov, le 4 juin. L’invasion,
appelée ensuite "Opération Paix en Galilée", a progressé rapidement.
Le 18 juin 1982, Israel avait cerné les forces armées de l’Organisation
de Libération de la Palestine (OLP) dans la partie occidentale de la
capitale libanaise. Un cessez-le-feu, négocié par l’envoyé des
Etats-Unis, Philip Habib, a eu comme conséquence l’évacuation de l’OLP
de Beyrouth le 1er septembre 1982.
Le 11 septembre 1982, le ministre de la défense israélien, Ariel
Sharon, l’architecte de l’invasion, a annoncé que "2.000 terroristes"
étaient restés à l’intérieur des camps de réfugiés palestiniens autour
de Beyrouth.
Le mercredi 15 septembre, le lendemain de l’assassinat du chef de la
milice phalangiste alliée des Israéliens et président élu libanais,
Bashir Gemayel, l’armée israélienne a occupé Beyrouth-Ouest,
"encerclant et bouclant" les camps de Sabra et Shatila, où vivaient des
civils libanais et palestiniens. Israel a justifié son initiative dans
Beyrouth-Ouest par un besoin de maintenir l’ordre et la stabilité après
l’assassinat de Gemayel.
Cependant, plusieurs jours plus tard, Ariel Sharon a déclaré à la
Knesset, le parlement israélien : "Notre entrée dans Beyrouth-Ouest
était destinée à faire la guerre contre l’infrastructure laissée par
les terroristes."
L’armée israélienne a alors désarmé, dans la mesure où elle le pouvait,
les milices anti-Israéliennes à Beyrouth-Ouest, alors qu’elle a laissé
ses armes aux milices phalangistes chrétiennes de Beyrouth.
A midi le 15 septembre 1982, les camps de réfugiés étaient complètement
encerclés par des tanks et des soldats israéliens, qui ont installé des
points de contrôle aux endroits stratégiques et aux carrefours autour
des camps afin d’en surveiller toutes les entrées et les sorties.
En fin d’après-midi et toute la soirée, les camps ont été bombardés.
Le jeudi 16 septembre 1982 vers midi, une unité d’environ 150
Phalangistes armés (c’est ce que prétend Israel) est entrée dans le
premier camp.
Pendant les 40 heures suivantes, les membres de la milice phalangiste
ont violé, tué et blessé un grand nombre de civils non armés, dont la
plupart étaient des enfants, des femmes et des personnes âgées à
l’intérieur des camps encerclés et bouclés. L’estimation des victimes
varie entre 700 (chiffre officiel des Israéliens) et 3.500.
Les victimes et les survivants des massacres n’ont jamais eu droit à
une enquête officielle sur la tragédie, puisque la Commission Kahan
d’Israel n’avait pas de mandat juridique et n’avait pas de pouvoir
judiciaire.
Ce massacre est considéré comme le seul massacre sanglant de l’armée
terroriste israélienne et il revendique la participation d’alliés, mais
on peut penser qu’il ne sera pas le dernier. En particulier, après ce
que nous avons vu dans la dernière guerre israélienne contre le Liban.
Si les Américains ont préparé avec agitation l’anniversaire du 11
septembre, beaucoup d’habitants du camp de Shatila et de son voisin
plus petit Sabra ont redouté la date importante de samedi qui marquera
24 ans de souffrance et d’enquête futile de la justice.
Pour les Palestiniens, ce sera certainement un rappel bien loin des
cérémonies de New York et de Washington où les responsables américains
ont dit au monde que leur fameuse puissance militaire allait s’assurer
que la justice pour les victimes triompherait du mal quel qu’en soit le
prix.
Les survivants palestiniens des massacres de 1982 se réuniront
probablement pour entendre des discours à l’endroit où leurs proches
ont été enterrés dans des fosses communes : une parcelle vide et
poussiéreuse signalée par un pathétique monument provisoire en
parpaings.
Mais, le monde n’observera pas une minute de silence pour les victimes
innocentes de Sabra et Shatila, ni de reportages au sujet des
survivants et de leur existence malheureuse sur les lieux de ce crime
horrible.
Source : The Internationnal Solidarity Movement |